Senior, et alors ?

Le numérique, apanage des plus jeunes ? Non à en croire les intervenants du colloque "Seniors, et alors ?" de ce jeudi 30 mai dans les locaux de Microsoft à Issy-les-Moulineaux. Réunis autour de tables rondes, chercheurs et experts en charge du sujet ont montré le dynamisme de cette génération.

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  1. Laurence Lafont-Galligo ouvre le débat.

    Pourquoi ce colloque ? Le numérique est partout. Il amène de la simplicité, des services qui changent la vie. On est dans un environnement qui se démocratise et s'accélère. L'innovation est présente dans tous les secteurs. 
  2. Microsoft accompagne l'innovation et notamment dans l'éducation avec l'ouverture de la Classe immersive. 
    "Aujourd'hui, nous voulons nous intéresser aux Seniors".
  3. Il y a deux effets au vieillissement de la population. Le premier, c'est le besoin d'accompagner plus longtemps les Seniors au travail, alors que l'âge du départ en retraite augmente. Comment faire une place à ces Seniors et les aider à s'épanouir auprès des autres générations ?

    L'autre effet, c'est l'accompagnement de la dépendance. Le placement en établissement spécialisé n'est pas la solution pour tous nos Seniors. Nous avons donc un véritable enjeu de transformation et d'innovation.
    Le numérique est un véritable levier pour tout ça.
  4. Aujourd'hui, 42% des plus de 65 ans ont un accès à Internet, selon Médiamétrie. Ce n'est pas un outil en-dehors du quotidien des seniors. Les outils de collaboration amènent des perspectives pour le maintien dans l'emploi des Seniors.

    Il y a aussi ces jeunes pousses du numérique qui développent des jeux à l'attention des Seniors et du dialogue entre générations.
  5.  "Demain, tous seniors au travail ?"

    Philippe Duport, journaliste à FranceInfo, prend la parole. Il anime la table ronde : "Demain, tous seniors au travail ? Les enjeux d'une mutation générationnelle". Il présente les intervenants : 

    Jean-François Verdier, directeur général de l'administration et de la fonction publique.
    Reynald Chapuis, Directeur de l'innovation et de la responsabilité sociétale et environnementale de Pôle Emploi.
    Denis Jacquet, Président de Parrainer la croissance, créateur de l'Accélérateur de croissance, incubateur intergénérationnel.
    Anne-Marie Guillemard, Professeur à l'Université Paris Descartes, sociologue et auteur de Les défis du vieillissement. Age, Emploi, Retraite. Perspectives internationales (Armand Colin 2010).
  6. Faut-il porter un regard sévère sur l’emploi des seniors en France par rapport à ses voisins ? Pour Anne-Marie Guillemard, on peut car on n'était pas au rendez-vous européen de 2010 qui fixait pourtant un objectif modeste. On en est encore loin : on dépasse à peine 40% d'emploi. Tout repose sur une génération : 40% de la population sur laquelle repose 80% de l’emploi. Cela devient mission impossible car dans le même temps la population active vieillit, il y a plus de transferts sociaux à assurer.

    La Finlande est intéressante parce que c’est le pays avec les Pays bas qui a le mieux fait en terme de remontée du taux d’emploi. Ils ont mis en place un programme national sur l’emploi des plus de 45 ans, et en 5 ans ils font partie des meilleurs. La Finlande a fait du +70% sur la période 96-2011 en termes de retour à l’emploi, contre 40% pour nous.


    Anne-Marie Guillemard : 

    "Le problème de la France c’est que le baby boom a été très massif et très durable, presque 30 ans". 

  7. Denis Jacquet prend la parole. 
    « C’est passionant qu’on commence à parler des séniors dans ce pays et dans d’autres ». Il y a 2 ans, il y’aurait 5 personnes dans la salle, ça n’intéressait personne. « Envisager que les séniors soient une ressource d’emploi était inenvisageable pour beaucoup de PME il y a 2 ans » 
  8. Denis Jacquet présente l’accérérateur de croissance, "un endroit où l’on selectionne des startups qui viennent dans nos bureaux et des séniors viennent travailler avec eux tout en se formant pour être au final potentiellement embauchés".
  9. Le numérique, les nouvelles technos, est-ce que ce sont des obstacles pour les séniors ?


    Denis Jacquet : "Je me suis aperçu que dans l’histoire de l’humanité c’est la 1ère fois qu’une classe d’âge disparait et que l’on ne s’en inquiète pas. Avant celui qui avait de l’expérience était le chef de la tribu, maintenant il est ostracisé !"


    Mais il y a les séniors d’avant, et ceux de maintenant : aujourd'hui les enfants sont familiers avec les technologies numériques. Ca devient un sujet qui rassemble les séniors, qui comblent le fossé progressivement. 

  10. Jean-François Verdier, le directeur général de l'administration et de la fonction publique, partage ce constat : 

    "Autant on a pu mobiliser les organismes publiques pour l’aide aux handicapés, pour l’égalité homme-femme, autant on a des difficultés à intéresser aux séniors alors que c’est le propre sort de chacun".


    Dans la fonction publique, la question des senors et du numérique se pose :

    "On met en place et nous travaillons sur un plan de gestion des ages, discutons avec les organismes syndicaux. On fait des tutorats, le vieux avec de l’expérience va faire découvrir au jeune qui débarque. Maintenant on essaye d’utiliser du tutorat inversé ou le jeune aide le sénior à apprendre à utiliser des outils informatiques permettant aux séniors de se diversifier."

  11. Reynald Chapuis défend quant à lui pour les séniors un droit à l’indifférence, se baser sur les compétences et pas sur l’âge :


    "2 séniors n’ont souvent en commun que leur âge". La différence du parcous professionnel ou personnel n'est pas prise en compte dans l'étiquette 'senior' qu'on leur applique comme un stigmate… "On a un gros travail à faire, les Seniors ont une estime de soi très dégradée".

  12. Après les Seniors eux-mêmes, la 2ème cible de Reynald Chapuis sont les employeurs : 

    "Ils ont un mal fou à vendre des compétences sur des profils agés. Quand une petite entreprise veut recruter, elle cherche quelqu’un de malléable, et c’est souvent dans son esprit quelqu’un qui est jeune et qui n’a aucun réflexe. On a mis en place des trucs comme le CV anonyme et maintenant on va mettre en place des essais comme le recrutement sans CV. C’est à partir des compétences que l’on fait le diagnostic, il faut arriver à détecter les compétences et à former".

    Et la 3ème cible ? Le conseiller pôle emploi, pour réserver aux Seniors un accueil adapté.
  13. Anne-Marie Guillemard : Les séniors sont dans les emplois d’hiers, donc pourquoi garder un sénior ? Il faut les faire évoluer en amont, c’est les quadragénaires qui doivent être la cible aujourd’hui d’une gestion du vieillissement au travail. 


    « Il faut voir la manière dont on peut gérer l’ensemble des âges, ne plus gérer les âges mais les parcours ». 


    Les parcours sont différenciés, ils varient beaucoup et l’employabilité aujourd’hui passe par la mobilité. La Finlande a énormément investi en fonds publics sur la formation tout au long de la vie. 

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