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  1. C'est nul autre que Malcolm Gladwell qui semble avoir parti le bal avec son article Does Egypt Need Twitter ?  Les médias sociaux ont-ils joué un rôle aussi important - comme plusieurs le prétendent - en Tunisie et en Égypte ?

    Il n'en fallait pas plus pour que l'intelligentsia internet américaine se déchaîne, entre le cyber-scepticisme des uns et le cyber-optimisme des autres. Internet peut-il à lui seul modifier à ce point les rapports de force entre un État et sa population ? Probablement pas.  Il y a un contexte particulier, des causes profondes, une Histoire.

    Mais sans les outils de production (appareils numériques divers dont la téléphonie mobile) et ceux de diffusion (blogues, YouTube, Twitter, Facebook et al.) les Ben Ali et Moubarak de ce monde auraient-ils été chassés du pouvoir en moins de 30 jours ?

    La rapidité avec laquelle une bonne partie du monde Arabe (et Perse) semble vouloir se redéfinir - et les événements marquants de Tunis et du Caire - ébranlent et polarisent les commentateurs américains. D'un côté, il y a ceux qui déboutent l'importance des médias sociaux et de l'autre, ceux qui croient, au contraire, que les effets de réseaux, leur interconnexion, voire la fusion entre des liens forts, temporaires et faibles, ont été parmi les catalyseurs principaux de ces mouvements.

    Pour Gladwell, les médias sociaux seraient plutôt inefficaces car ils ne font que créer des liens faibles, peu propices à des transformations aussi radicales que des révolutions.

    Voici son billet.
  2. Il va sans dire que ce sont les centaines de milliers de manifestants de la rue (plusieurs y ont laissé leur peau, ne l'oublions pas), leur colère, leur exaspération et les flashmobs incessants qui ont poussé les dirigeants vers la sortie.

    Mais les appels aux manifestations et leur coordination rapide auraient-ils été aussi soutenus sans les médias sociaux ?

    Voici un tweet d'un participant (que j'ai retransmis) au sujet d'une intervention d'Amy Goodman lors d'un panel intitulé Information Wars tenu à l'École de journalisme de l'université Columbia, le 11 février 2011.
  3. Mais c'est probablement Jay Rosen qui a recensé les meilleurs déboulonneurs des médias sociaux en rapport avec les événements d'Égypte. Prudent, Rosen signale toutefois qu'il faut faire attention avec tout énoncé péremptoire de cause à effet du genre "Twitter n'a rien eu à voir avec le départ de Moubarak". Pourtant, le professeur en journalisme essuie quelques critiques  dans les nombreux commentaires laissés à la suite de son billet.

  4. Cependant, un des points de vue les plus intéressants vient de Ulises Mejias, professeur-associé du Département de communication du SUNY. Mejias se demande en effet d'où vient cette image, idéalisée et occidentale, de la révolution Twitter/Facebook/YouTube ?

    Elle servirait à deux fonctions: 1) dépolitiser notre compréhension du conflit et 2) blanchir le rôle du capitalisme dans sa répression de la démocratie au Moyen-Orient (l'image du tube de gaz lacrymogène Made In USA n'est pas fortuite...).

    Notons par contre que son billet est écrit après les événements de Tunisie et quelques jours après que le régime Moubarak eut censuré Internet.

    Cet article de Tim Karr lui donnerait-il aussi raison ?
  5. Il ne faudrait surtout pas passer sous silence le rôle de Wael Gohnim, cet employé égyptien de Google, emprisonné pendant une douzaine de jours au Caire par les forces militaires du régime. Ghonim est le premier à reconnaître l'importance des médias sociaux.

    Il aurait été un des administrateurs d'une page Facebook créée en l'honneur de  Khaled Saïd, un jeune homme battu à mort par la police pour avoir mis en ligne une vidéo compromettante.

    On peut voir et entendre son témoignage à l'occasion d'une entrevue accordée à CBS ( 60 minutes) diffusée le dimanche 13 février 2011. Il souligne, entre autre, que la censure d'internet a galvanisé la population et l'a forcée à se rendre dans la rue pour obtenir de l'information.
  6. Voici un article collaboratif du New York Times du 14 février 2011 retraçant les premiers balbutiements de la révolte égyptienne; ceux-ci remonteraient à 2005, grâce, entre autres, à des blogues militants. Par ailleurs, la récente révolte tunisienne aurait joué un rôle assez central dans le déclenchement des affrontements de février 2011, tout comme leur retransmission par le réseau Al-Jazeera.
  7. Greg Satell établit un parallèle intéressant entre la révolution ukrainienne de 2004 et l'égyptienne de 2011. Écorchant au passage Gladwell, Satell rappelle, avec chagrin, que la "Révolution Orange" n'a pas pu se poursuivre comme il l'avait espéré. Bâtir et maintenir un nouvel ordre social demeure autrement plus difficile que de prendre la rue... Dans cette optique, il souhaite bonne chance aux Égyptiens.
  8. On peut se demander en effet quel rôle ont joué les médias sociaux étant donné que la pénétration d'internet en Égypte demeure assez faible, un peu plus de 17 millions de personnes y ont accès sur une population de près de 80 millions (22% de pénétration). D'autre part et selon Ie site Social Bakers, Facebook y aurait connu une hausse de près de 35% entre octobre 2010 et février 2011.

    Simon Mainwaring, de FastCompany, souligne pour sa part que la contribution des médias sociaux y a été significative grâce à la propagation d'une dissonance cognitive; des forces vives et militantes branchées vers les citoyens ordinaires et plus pauvres de la société égyptienne. Les médias sociaux aurait eu comme effet d'augmenter la densité de leur interconnexion.
  9. Enfin, voici une ressource en français, découverte récemment, à propos de ce qui pourrait être la suite des événements. Il s'agit d'un compte rendu du rapport de Jeffrey Ghannam sur le développement des usages des médias sociaux dans le monde arabe.

  10. Merci de votre lecture.

    Patrice Leroux
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