Radio libres : toujours pas de pétrole dans le moteur de l'innovation médiatique?

Restitution du 1er volet du cycle "Toujours pas de pétrole" consacré aux radios libres. Analyses sur le contexte de l'innovation médiatique française.

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  1. Quand un amoureux du son et de la radio voit passer l'annonce d'une conférence réunissant les grandes figures du mouvement des radio libre autour d'une table, il n'a qu'une envie, c'est d'y assister. Si en plus cette conférence s'inscrit dans un cycle sensé inspirer l'innovation française autour des nouveaux média et que vous nourrissez vous même une réflexion personnelle autour de ces derniers depuis une dizaine d'années, il vous aura été difficile de ne pas aller assister à la première conférence "Toujours pas de pétrole" consacrée aux radios libres qui s'est déroulée mardi 12 avril à la Gaîté Lyrique. Vous l'aurez déjà compris, j'y étais.
  2. Ha oui, c'est vrai, une place. Ca peut servir. A quelques heures de la conférence j'apprends par twitter que la salle est overbookée. Sans que j'aie réservé bien entendu. C'est à ce moment là que je me dis que d'avoir collaboré avec un des intervenant de la conférence peut m'être utile. Merci donc à Gilles Gouget de Divergence FM de m'avoir offert un carton d'invitation à deux heures de l'ouverture. Comme je le disais plus haut, il m'aura été difficile de ne pas y assister.
  3. Bon, comme ça la salle à l'air pleine, mais en réalité un bon tiers des places est resté inoccupé. Pour les organisateurs j’espère que le système de réservations de la Gaîté Lyrique autorise plus de souplesse pour permettre au plus grand nombre d'assister aux prochaines conférences.
  4. Stéphane Distinguin, fondateur de Faber Novel (une entreprise dédiée à l'innovation co-organisatrice de l’évènement) introduit la session en annonçant l'objectif du cycle "Toujours pas de pétrole"

  5. Ce projet transmédia souhaite en effet "souffler sur les braises de l'innovation française". Rien que ça. La question que je me pose à ce moment là est "pourquoi les braises sont-elles en train de s'éteindre?". Finalement, le choix de faire référence à une campagne publicitaire gouvernementale qui marquera la fin des 30 glorieuses en plein choc pétrolier est déjà lourd de sens et donne des indication quand à l'état d'esprit dans lequel peuvent se trouver les décideurs d'aujourd'hui : un peu perdus en plein changement d’époque.
  6. En France, on a pas de pétrole mais on a des idées
  7. L'animation ne pouvait être confiée qu'à Thierry Lefebvre, auteur de "La Bataille des Radios Libres", dont la lecture est indispensable pour quiconque s'intéresse à ce mouvement et à cette partie de l'Histoire des radios. 

    - Antoine Lefébure, historien français des médias et expert des technologies de la communication. Figure mythique de la radio libre des années 80, il a grandement animé le réseau des pirates de l'époque et participé aux "coups" décisifs de la bataille des radio libres.
    Andrew Orr, un grand monsieur qui à fait beaucoup pour la belle radio. Et je ne dis pas ça parce que j'ai eu la chance de faire un passage rapide dans son entreprise leader du sound-design européen. De l'atelier de création radiophonique de France Culture à la fondation de Radio Nova : le Son Nova, en tout cas ce qu'il fût à la grande époque, c'est lui. Il fut à l'époque également de la partie lors des premières émissions pirates parisiennes.
    - Robert Ménard, journaliste, fondateur d'une radio libre dans le sud de la France et accessoirement fondateur de Reporters Sans Frontières. Personnage sulfureux si il en est, l'organisation qu'il a dirigée à participé à de nombreuses campagnes de désinformations, vraisemblablement pour le compte du département d'état américain. Sur un dossier que je connais bien, RSF est un des principaux responsable de la réputation de dictateur "tueur" de la liberté de la presse de l'actuel président Vénézuélien, Hugo Chavez.
    Fabrice Larue, Président de la société d’investissement Newen, ayant participé à la consolidation du réseau Radio Nostalgie à la fin des années 80.
    - Pascal Riché, Co-fondateur et rédacteur en chef de Rue89, à participé au mouvement des radios libres.
    - Gilles Gouget, ex-directeur d'antenne d'antenne de DivergenceFM, une radio associative montpellieraine qui débuté dans les années 80, il est aujourd'hui journaliste et conseiller aux programmes de cette même antenne. Il fait partie des premiers responsables de radio associative à avoir compris l’intérêt du logiciel libre pour de telles structures. Aujourd'hui DivergenceFM est reconnue comme pionnière dans le milieu libriste et participe à l'organisation de la radio éphémère Radio RMLL aux cotés d'Autres(M)Ondes, association dont je fais partie.


  8. En effet, ce qui frappe les yeux dans la salle, ormis le tweetwall affichant sur grand écran les tweets avec le tag #TPDP, c'est l'age moyen des participants. Six intervenants sur cinq font partie de la génération baby-boom. Normal me direz-vous, puisque l'on parle du début des radios libres. C'est vrai, mais pour qui est familier avec l'ambiance des conseils d'administration des radios françaises libres ou commerciales d'aujourd'hui, sait que ces pionniers qui ont lancé le mouvement en 81 ont du mal à laisser la place aux plus jeunes et occupent encore aujourd'hui les comités de direction.
    Loin de moi l'idée de vouloir faire de "l'agisme", mais c'est un phénomène important que j'avais déjà remarquée il y a quelques années et qui se vérifie encore aujourd'hui. Cette donnée est à prendre en compte et nous permettra de nous interroger sur la place du phénomène générationnel dans le processus d'innovation médiatique.
  9. Antoine Lefébure prend la parole et nous rappelle qu'à cette époque de monopole d'état sur la télévision, la radio était la voix du monde. Grâce aux ondes courtes on pouvait capter des émissions venant de Chine ou d'ailleurs. Sa fascination pour le média s'est accentué quand à l'aide d'un radio amateur il a pu faire l'expérience de faire diffuser sa voix sur des distances inimaginables auparavant. L'analogie avec Internet est aisée.
  10. S'ensuivra un récit succinct des épisodes de la bataille des radios libres entre 77 et 81 et d'anecdotes lors des négociations avec le pouvoir.
    Une fois de plus, je vous renvoie à l'excellent livre de Thierry Lefebvre pour connaitre dans le détail cette histoire d'un temps récent où l'état assumait le contrôle et le monopole de l'information.
  11. L'avantage d'une conférence avec des gens de radio, c'est que c'est des gens qui savent parler. Andrew Orr nous a livré en quelques minutes, d'une voix captivante, son vibrant manifeste radiophonique :

    "A l'époque (des débuts de Radio Nova) on était beaucoup de créatifs, il n'y avait pas de commerciaux. On vivait dans un univers fait de sons, il n'y avait pas d'images. Dans le foyer, la radio était présente, c'était la voix du Monde. Depuis la cuisine on entendait rentrer les chars dans Budapest. L'écosystème sonore était tout autre, les oreilles de l'époque étaient différentes.
    L'objectif de Radio Nova c'était de créer un univers sonore. Une œuvre active et aléatoire. C'était un travail collectif, long, on prenait le temps pour mixer, réécouter. Ce travail représente des centaines d'heures qui dorment aujourd'hui sur les étagères de l'INA. Il y avait des signatures vocales anonymes, c'était avant l'apparition des égos glapissants. On se préoccupait de l'écologie de l'oreille de l'auditeur. La musique, c'était la "sono mondiale", l'objectif était de faire aimer l'autre en faisant aimer sa culture. Les enchainements n'était pas fait pas ordinateurs comme aujourd'hui, ils étaient porteur de sens. On réhabilitait la parole par pastilles "homéopathiques". C'était une voix de l'alternative, avec l'envie d'entendre des choses différentes."

    Si il y a bien quelque chose à retenir de cette conférence, c'est que la radio, avant d'être un média, c'est un art. Et qu'un art, ça se travaille dans le temps, de manière artisanale.
  12. Intervention de M Ménard qui racconte la blague potache qui a conduit au nom de sa radio. Blague qui résonne évidemment d'une manière particulière dès que l'on s'intéresse un peu au personnage. Pas grand chose à retenir de son intervention si ce n'est dire que lui aussi était là à la création des radio libres, cherchant sans doute une légitimité de pionnier qui lui donne le droit de donner son avis sur tout, ici sur l'innovation médiatique. Ce comportement on le retrouve souvent chez les gens de cette génération qui ont accédé au pouvoir politique ou médiatique et qui justifient le fait de toujours occuper ces place par une expertise de "sage" entretenue par le mythe historique. Cela lui à donné l'occasion de faire une diatribe sur les journaliste "bien pensants" responsables selon lui de la médiocrité des médias aujourd'hui. Je ne reviendrai pas sur qui dirige ces journalistes soi-disant bien pensants aujourd'hui, je pense que vous avez compris où je voulais en venir. Je ne détaillerai pas non plus cette agressivité envers le corps journalistique dont il s'est érigé en défenseur international pendant des années, M. Ménard n'est plus à un paradoxe prés.

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