Transmedia et Digital Labor: pour qui travaillent les internautes?

Ce travail represente un recueil de réflexions menées lors du webinaire organisé dans le cadre du Master 2 Recherche Infocom "Industries culturelles et environnement numérique" a Paris Ouest Nanterre La Défense le 29 janvier 2015

Embed

  1. Deux chercheurs ont été invités à intervenir sur le sujet "Transmedia et Digital Labor : pour qui travaillent les internautes ?" : Melanie Bourdaa, maître de conferences a l'Universite Bordeaux 3 Michel de Montaigne et membre du laboratoire MICA, et Antonio Casilli, maitre de conferences en Digital Humanities a Telecom ParisTech/EHESS et auteur du blogBodySpaceSociety.
  2. Mélanie Bourdaa intervient donc sur le sujet du transmedia et le traite du point de vue d'une technique proche du marketing avec des exemples de séries télévisées, notamment Game of Thrones dans le cadre d'une stratégie promotionnelle de la saison 1. Elle introduit le concept du fan advertising en mettant en avant l'importance du rôle des fans, qui découle naturellement sur la notion du digital labor, développée par la suite par Antonio Casilli.
  3. Pour commencer, il serait judicieux de faire un rappel des trois types de mutations qui, d'après les recherches de Mélanie Bourdaa, ont favorisé l'évolution des pratiques transmédiatiques. Il s'agit notamment des mutations de l'ordre technologique, de la narration et de la participation des fans.
  4. Mélanie Bourdaa propose deux définitions au cours du webinaire : l'une adoptant le point de vue de la production (la toute première définition en est donnée par Henry Jenkins en 2003) et l'autre - s'inscrivant dans une perspective de réception (par Rose, 2011), centrée sur les fans. Jenkins definissait le transmedia storytelling comme un processus dans lequel les éléments d'une fiction sont dispersés sur diverses plateformes médiatiques dans le but de créer une expérience de divertissement coordonnée et unifiée. Rose, quant à lui, insiste sur les dimensions immersive et participative de ce qu'il appelle dans son article paru dans Wired "the art of immersion", ou encore - le "deep media".
  5. Pourtant, il n'y a pas de définition unique sur laquelle tout le monde soit d'accord. Un nombre de chercheurs et professionnels de l'audiovisuel défendent leur propre vision du concept. Ainsi, les dispositifs transmedia se retrouvent souvent confondus avec ceux de cross-media et multimedia car les frontières restent floues.
  6. Le transmédia storytelling est la pratique qui consiste à développer un contenu narratif sur plusieurs médias en différenciant le contenu développé et les capacités d’interaction en fonction des spécificités du chaque média. La notion de transmedia inclut celle de la narration augmentée, c'est-à-dire, une nouvelle façon de raconter des histoires, en utilisant la spécificité et la complémentarité de différents supports et de différents médias autour de l'élément central fort. Chaque support constitue un point centré dans l'histoire, dit "Rabbit Hole", qui l'introduit au lecteur/spectateur.
  7. Mélanie Bourdaa distingue deux types de stratégies transmédiatiques : la stratégie promotionnelle et la narration augmentée, qui pourrait être considérée comme une stratégie de production. Pour citer quelques exemples, les producteurs de la série Mad Men ont utilisé le réseau Twitter comme outil de promotion auprès de la communauté. Game of Thrones représente un exemple d'une stratégie développée de narration augmentée. Pour le lancement de la première saison, la chaîne HBO a lancé une opération utilisant les 5 sens à travers plusieurs supports : des parfums, sensés représenter les odeurs de l'univers montré dans la série, ont été envoyés aux bloggeurs influents, les menus des points de restauration proposant des plats que l'on mange dans le royaume imaginé par les créateurs, une application mobile pour connaître la météo du pays en lien avec l'accroche promotionnelle "Winter is coming". Un générateur de bannière permettait aux fans plus tard de créer leur propre bannière. Pour la diffusion en France, Orange et OCS City ont développé une application permettant d'accéder en temps réel au résumé des épisodes, des informations complémentaires, une carte interactive pour voir où se trouvent les personnages... On peut citer d'autres exemples des séries qui utilisent des plateformes numériques pour créer des rajouts narratifs, comme des jeux vidéo, qui se concentrent sur des personnages secondaires, et ainsi permettre aux fans de mieux connaître la série, d'y plonger. Néanmoins, les techniques de fan advertising (dont le fan art création par les fans) s'appuyent sur la créativité et la participation des fans pour promouvoir, mais aussi pour créer du contenu.
  8. coffret senteurs Game of Thrones
    coffret senteurs Game of Thrones
  9. Toutes ces expériences, appelées "extensions narratives", ont pour but de donner au spectateur des éléments complémentaires sur les personnages, sur l'intrigue et de les faire immerger dans l'univers de la série, cela pour en faire des ambassadeurs. Ces techniques sont très proches de la promotion marketing d'un produit ayant des objectifs précis comme alerte, engagement, fidélité.
  10. La communauté de fans qui participent à la circulation du contenu, par le biais de diffusion ou même de création de contenus additionnels, devient un élément incontournable, un pilier majeur de la stratégie d'appropriation culturelle d'un produit audiovisuel. D'ailleurs, il est souvent nécessaire d'avoir une communauté de fans existante pour pouvoir lancer une stratégie transmedia réussie. Heroes Marvel, Harry Potter, Game of Thrones avaient une communauté de fans importante qui se sont pris volontairement au jeu et sont allés chercher les informations et les activités proposées par les producteurs sur divers supports.
  11. Pour Heroes, tout un univers narratif à explorer a été créé autour de la série TV.
  12. Une plateforme interactive permettait au spectateur de créer un avatar et d'agir dans l'environnement de la série en interagissant avec les personnages. Les personnages secondaires ou ceux qui n'ont pas été présents dans un épisode retouvent leur vie dans des "webisodes" diffusés exclusivement sur le site. Ils vivent également à travers leurs blogs, pages Facebook et MySpace. Ils diffusent les actualités postées par les chaînes fictionnelles. Les fans pouvaient aussi postuler sur les sites des entreprises imaginées par la série. Ainsi, la fiction et la réalité s'entremêlent et la frontière entre elles devient floue : il s'agit d'une narration augmentée.
  13. Quelles sont les motivations des fans ? Ils recherchent du plaisir, le sentiment d'appartenance à une communauté des gens qui ont les mêmes intérêts et passions, le partage des valeurs communes. Les supports et les types d'extensions étant variés, les usages varient également. On peut distinguer plusieurs catégories d'activités selon Mélanie Bourdaa :
1
Share

Share

Facebook
Google+