La femme, les femmes, le droit des femmes : la presse féminine a du mal à choisir

Depuis 40 ans, 8 mars rime avec "Journée internationale des droits des femmes". C'est l'occasion d'examiner son traitement médiatique dans la presse féminine.

Embed


  1. Marie-France a fait son choix. Sur son site internet, un seul article concernant la journée du 8 mars est présent : "Journée de la femme : 5 livres à s'offrir absolument". Si l'article est en première position sur le site, et que sa photographie de Une est plutôt conséquente, ne vous attendez pas à une analyse littéraire équivalente au "Masque et la plume". En 5 slides, quelques lignes, le mensuel féminin pense avoir fait son boulot : parler de la "journée des femmes" tout en faisant de la promo.
  2. Chez Grazia, on s'emmêle un peu les pinceaux. A l'occasion du 8 mars, une rubrique "Journée des femmes" a bien été créée sur le site web de l'hebdomadaire féminin. Mais les articles portent bien les termes "Journée internationales des droits des femmes" en titre. C'est à n'y rien comprendre.
    Mais si vous pensiez trouver en première page une recette de masque tonifiant au concombre, détrompez-vous. En ce mercredi, l'hebdomadaire s'engage et c'est plutôt réussi. Le magazine liste par exemple, ville par ville, les lieux de manifestation pour les droits des femmes. Mais attention, pas de panique mesdames, il sera toujours possible de bien vous informer en lisant une enquête choc, également en première page du site "Les aliments à éviter après 30 ans". Ouf.
  3. La guerre des éditos

  4. Erin Doherty, directrice de la rédaction de Elle, signe l'édito du numéro du 3 mars. “C’est comme on veut”. L'ancienne rédactrice en chef de Glamour explique avoir longtemps été “une féministe complexée. Et du coup silencieuse”. Le déclic de son engagement ? L’élection de Donald Trump. Le 21 janvier, après avoir cité Simone de Beauvoir, la jeune femme dit alors avoir “posé son café latté, enfilé ses Nikes et rejoint la Women’s March du Trocadéro”. Imaginez la honte si elle s'y été pointée en Adidas...
    Elle défend sa manière à elle d’être féministe : “le slacktivisme” (littéralement “activisme paresseux”). Elle poste ici et là un mantra féministe sur les réseaux sociaux, partage des articles" Changer sa photo de couverture Facebook serait devenu un acte de féminisme. La pauvre Simone doit se retourner dans sa tombe.
  5. Pour Causette, parler des femmes, c'est taper sur une femme, en l'ocurrence Marine Le Pen. Dans on édito, la journaliste s'en prend à la présidente du FN qui a décliné son invitation à débattre sur le droit des femmes. Causette se met dans la peau d’une Marine Lepen qui écrirait un roman érotique où elle se fantasmerait une vie de féministe au secours des migrants pour être finalement rappelée à la réalité. “Marine relève les doigts de son clavier, interrompant l’écriture de son roman. “Il y a Florian qui t’attend pour aller brûler des soutiens-gorges islamistes dans la rue”".
  6. Portraits de femmes

  7. Comme chaque année 8 mars rime avec portraits de femmes qui ont marqué l'histoire. On retrouve donc Simone Veille et Simone de Beauvoir.
    Vanity Fair propose trois papiers sur son site dont, "Huit femmes scientifiques oubliées par les livres d’histoire". Normal pour le mensuel de Michel Denisot, il y a urgence : La Fashion Week. Le magazine à déjà consacré neuf articles à l'évenement parisien.
  8. Marie-Claire en collaboration avec l'INA propose les portraits de 8 femmes comme Marguerite Yourcenar ou encore Soeur Emmanuelle. Accompagnés de vidéos d'archives, la série # Merci aux femmes est entâchée d'une publicité pour les couches ou pour les protections hygiéniques que l'on ne peut pas zapper. La faute à la plateforme vidéo et non aux journalistes de Marie-Claire. Journée des droits des femmes et couches, c'est plutôt ironique.
  9. La surprise : Madmoizelle.com

  10. Le pureplayer féminin propose une véritable journée marathon. Un Live de midi à 22 heures pour débattre sur les droits des femmes avec des invitées telle que Najat Vallaud Belkacem, dans sa rubrique "Pourquoi le 8 mars n'est pas la fête des gonzesses", le média analyse sous toutes ses formes cet événement.
  11. MARATHON LIVE #8Mars 12-22h : Najat Vallaud-Belkacem et plein de guests
  12. Et toujours des faux-pas...

  13. Elle propose ainsi une interview de l'actrice Virginie Effira: “Une femme à la hauteur”. L'actrice y explique son engagement féministe. Sur les photos, elle porte un t-shirt sur lequel on peut lire We should all be feminists”. Et c'est là que sous couvert de féminisme, Elle nous rappelle l'importance de la publicité dans la presse féminine. Dans l'interview l'encadré : “Un t shirt déjà culte” explique qu'il s'agit d'une création de Dior portée par Nathalie Portmann et Rihanna. La journaliste cite même la styliste: “J’ai voulu l’écrire sur un t-shirt blanc, porté sur une jupe de tulle noir, très féminine, pour montrer que féminisme et féminité peuvent et doivent être complémentaire.". Un joli message. Le portrait de Simone de Beauvoir p.87 est aussi l'occasion d'acheter un sweatshirt ou un sac à son effigie.
  14. Glamour, ou encore Meltyfashion, les médias féminins s'en donnent également à coeur joie en diffusant la campagne #mettezdurouge qui appelle les hommes à se teindre les lèvres en rouge pour rappeler les chiffres des violences faites aux femmes. Femmes = rouge à lèvre donc.
    Denis Baupin y avait d'ailleurs participé en 2016. Ce qui permet au média satyrique, Madame Gorafi, de faire une petite piqure de rappel.
Like
Share

Share

Facebook
Google+