Edwy Plenel cite une fausse lettre de Mandela

Le patron de Mediapart voulait dénoncer l'hypocrisie d'un certain nombre d'hommages à Nelson Mandela. Invité d'une conférence sur le journalisme d'investigation, à Amman, il a évoqué une lettre du défunt critiquant sévèrement l'attitude d'Israël envers les Palestiniens. Or, cette lettre est un faux.

  1. Mercredi 11 decembre, sur France Culture, Edwy Plenel consacre sa chronique (en direct d'Amman ou il était invité de l'ONG Arab supporters for inverstigative journalism) à Nelson Mandela et la Palestine
  2. Problème, le soi-disant dialogue de Mandela avec le journaliste Thomas Friedmann du New York Times (en réalité une lettre) n'a jamais existé, comme l'a révélé Meïr Weintrater sur son blog
  3. Ce matin, Edwy Plenel n'avait toujours pas présenté d'excuses sur Twitter, media sur lequel il est pourtant très actif, alors que de nombreuses réactions soulignaient la faute du grand journaliste d'investigation.
  4. L'affaire est intéressante car depuis l'annonce du décès de Mandela les soutiens de la cause palestinienne s'efforcent de tracer un parallèle entre le combat de Madiba auquel le monde entier (ou presque) rend hommage et le sort des Palestiniens auxquels les mêmes resteraient indifférents. Argumentation qui s'appuie sur le procès fait à Israël, comparé à l'Afrique du Sud de l'Apartheid pour le traitement réservé à la population  palestinienne.
  5. Pour nombre de twittos, l'affaire est claire. Le dernier pays ou l'Apartheid, ou le racisme persiste, s'appelle Israël
  6. Israël, dernier pays raciste de la planète? Le procès est nourri par la récente affaire du "sang des noirs". La communauté juive d'origine éthiopienne est scandalisée après que le don du sang d'une députée originaire d'Ethiopie a été refusé. Évidemment cette affaire a aussitôt alimenté l'amalgame Israël/Apartheid, certains y voyant une preuve que l'Etat hébreu discrimine la population noire sur base de sa couleur de peau.
  7. Sauf que la réalité est, là a encore un peu plus compliquée. Le "Magen David Adom", équivalent israélien de la croix rouge informe en effet les personnes ayant séjourné plus d'un an en Afrique centrale ou dans les caraïbes depuis 1977 que leur sang ne sera pas utilisé. C'est le cas de cette député, Pnina Tamano Shata, pourtant arrivée en Israël à l'age de 3 ans. Mais cette exclusion vaut aussi pour le sud est asiatique, la France et le Royaume Uni et ce par "principe de précaution" contre la malaria ou la maladie de la vache folle...comme le rapporte le site Y net
  8. Laissons de côté les affaires de race. Il y a bien une ségrégation de la population palestinienne en Cisjordanie, avec notamment des routes séparées pour les colons juifs, une inégale accès aux services publics (particulièrement à l'eau). Les israéliens eux mêmes semblent en être parfaitement conscients. Certains pour s'en inquiéter et y voir une raison supplémentaire de l'urgence de la création d'un Etat Palestinien. Mais d'autres pour estimer nécessaire ces mesures, essentiellement pour des raisons de sécurité. Ce qui a permis à Gilles Paris de titrer ainsi un post de blog consacré à un sondage publié dans le journal israélien Haaretz
  9. Inutile donc de faire parler les morts, ou d'instrumentaliser les symboles. La réalité est simple: Mandela, comme d'autres était opposé à l'occupation israélienne en Cisjordanie, non pas parce qu'il y voyait une subsistance de l'apartheid, mais parce qu'il avait compris qu'en se poursuivant, non seulement elle entretenait l'oppression des Palestiniens, mais qu'elle mettait en danger les bases démocratiques de l'Etat d'Israël. Précisément ce que voulait dire Plenel, mais qui aurait pu l'être sans pratiquer l'amalgame.
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