"Il y a un réel avenir dans le journalisme d'enquête"

Bien que le rythme de diffusion des informations s'accélère, le journalisme d'investigation garde une place cruciale dans les médias. Lors des Assises du journalisme, les participants à l'atelier consacré à l'enquête ont rappelé les enjeux de cette pratique exigeante.

  1. Conférence "Les nouvelles voies du journalisme d'investigation"
    Conférence "Les nouvelles voies du journalisme d'investigation"
  2. "Il y a un tas de mythes sur le journalisme d'investigation. En France nous avons beaucoup de journalistes mais pas beaucoup d'enquêteurs." Les propos de Matthieu Aron, directeur en charge des enquêtes et de l'investigation à Radio France, étaient largement partagés par les participants à l'atelier consacré à l'investigation. Il ne s'agissait cependant pas de dénigrer l'information quotidienne, celle qui doit aller vite. Mais de montrer que ces deux pratiques, certes complémentaires, ne peuvent être confondues.
  3. L'enquête demande du temps, de l'investissement personnel et de la curiosité. Pierre France, journaliste et fondateur de Rue 89 Strasbourg, va jusqu'à déclarer qu'il est prêt à gagner "3 fois moins" pour faire le journalisme qui lui convient.
  4. Mais on n'enquête pas pour récolter des médailles. Le but est de dévoiler ce qui est passé sous silence. Les investigateurs "ne sont pas là pour se faire des amis" lance Pierre France. Ce dernier assume le côté "fouille-merde" et le revendique même haut et fort.
  5. S'il faut bien choisir ses sources, investigation ne rime pas forcément avec "gros carnet d'adresses". Mark Lee Hunter, enseignant et journaliste d'investigation, y tient. Pierre France aussi. Chercher par soi-même, contacter les interlocuteurs concernés : voilà le véritable travail du journaliste-enquêteur. Avoir un gros carnet d'adresses au commencement d'une enquête peut comporter des risques. Certains journalistes enterrent une affaire sous prétexte qu'elle touche à une personne de leur connaissance.
  6. L'investigation nécessite de la souplesse dans l’organisation du travail. Pour cela, la rédaction doit pouvoir libérer du temps aux enquêteurs. Et si elle va jusqu'à s'investir financièrement, c'est encore mieux ! Julia Pascual était salariée au magazine Causette quand elle a entrepris une enquête sur les abus sexuels dans l'armée avec Leila Miñano. Selon elle "travailler en binôme est important, cela stimule". Avouant bénéficier "d'un confort financier" dû à son salaire fixe, elle a eu la chance d'être soutenue par sa rédaction. Cette dernière lui a libéré du temps et l'a aidée économiquement.
  7. L'enquête contribue à faire vivre le journalisme citoyen. Tatiana Kalouguine est la fondatrice du site Enquête Ouverte qui s'appuie sur les communautés. Considérant que toute personne est en capacité de soulever des problèmes de société, le site offre la possibilité de faire "des appels à projets". Les journalistes d'Enquête Ouverte recoupent ensuite les informations reçues. Le principe étant de publier au fur et à mesure les avancées des différentes enquêtes menées. Ce site indépendant à double entrée permet de mener de front plusieurs dossiers et de prendre le temps nécessaire pour les traiter.
  8. L'apprentissage se fait sur le terrain. Les intervenants l'ont rappelé à l'unisson. Malgré tout, certains d'entre eux, comme Mark Lee Hunter, déplorent l'absence de cet exercice dans les formations spécialisées. Ayant écrit un guide des méthodes et des techniques de base du journalisme d’investigation, il estime que les écoles de journalisme devraient former davantage les étudiants à l'enquête. Une formation d'autant plus souhaitable qu'il existe selon Matthieu Aron "un réel avenir dans le journalisme d'enquête".
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