1. Convaincre les indécis


    Pour beaucoup de journaux ce matin c’est surtout aux indécis que le débat s’adresse. Dans La Croix, François Ernenwein rappelle un chiffre : « près de 40 % des électeurs se déclarent toujours incertains de leur vote. » Le quotidien La Montagne abonde dans ce sens, anticipant l’argument phare du débat : le vote utile , « car c'est bien dans les jours restant que les hésitants vont se décider. »

    Et derrière ces indécis il y a le risque de l’abstention ou du vote blanc, qui inquiète les 11 candidats à la présidentielle. Deux phénomènes électoraux bien difficiles à évaluer tant leurs logiques sont floues. Il n'est pas inutile de rappeler que ce sont ces mêmes indécis qui ont fait basculer l'élection américaine le 8 novembre 2016.
  2. Un double défi que vont devoir relever les "grands" candidats selon la presse. Ne pas commettre d'erreurs qui les mettraient au tapis et convaincre les hésitants tentés de donner leur voie à des petits candidats. Martin Vaugoude pour Le Télégramme rappelle que ces "concurrents peuvent devenir le cauchemar des favoris. Parlez-en à Lionel Jospin, ajoute-t-il, victime en 2002 de la dispersion des voix à gauche".
  3. Faire vivre la démocratie

  4. Nombreux sont les médias qui s'interrogent sur l'utilité de la présence des petits candidats. Le Figaro titre en une ce mardi, non sans une certaine ironie : "Le jour de gloire des petits candidats". Le quotidien enfonce le clou, il considère la situation "loufoque puisqu'elle oppose des candidats qui ont de réelles chances de victoire à des contradicteurs en quête d’une publicité éphémère ".

    Bruno Dive est plus mesuré dans Sud-Ouest, pour lui "la vraie question est de savoir si ce débat servira vraiment la démocratie ou s'il tournera à la cacophonie. Si la présence de candidats, que l'on qualifiera d'originaux pour être poli, ou de fantasques au risque d'être désagréable, ne va pas ajouter à la confusion dans une campagne qui n'en manque pas."

    Mais n'en déplaise à certains médias, c'est le jeu de la démocratie... Leur scepticisme est légitime mais il peut vite tourner à la condescendance, comme lors de l'émission "On n'est pas couché" samedi 1er avril, sur France 2. Philippe Poutou, Florian Phillipot, Jean Lassalle étaient invités sur le plateau de Laurent Ruquier.

    Beaucoup d'internautes ont pointé le manque de professionnalisme des deux chroniqueurs et du présentateur. Boris Batiste, journaliste à Slate analyse ce manque de respect. "Plutôt que de détailler les mesures de chacun, ces candidats déjà assignés à une place de second rang se retrouvent systématiquement renvoyés à leur manque de crédibilité." Le débat organisé ce soir a le mérite, pour une partie de la presse, de mettre tous les concurrents sur un même pied d'égalité.

  5. Relancer les débats

  6. Selon Philippe Marcacci pour l'Est Républicain, " il n'est guère facile de faire émerger des idées dans ces débats qui se déroulent le sablier sous la gorge." Pourtant, il est temps de faire ce travail, "permettre aux minorités de s'exposer, faire valoir des idées plus ou moins neuves et défier les stratégies des poids lourds (...)" défend le Républicain Lorrain.
  7. Il est indéniable que les Français ont besoin d'un débat d'idées sur les différents programmes. Le Figaro, en page 2 et 3 de son édition détaille les parcours, les soutiens et les mesures phares des six petits candidats. Le quotidien national ne nie pas que ces derniers vont attirer la lumière. Nouveauté et fraîcheur obligent.

    Les Décodeurs du Monde font aussi le choix de décrypter les mesures proposées par les 11 en matière de lutte fiscale. "Un an après la révélation du scandale des Panama papers, ils ne sont que cinq – François Asselineau, Philippe Poutou, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon – à réellement aborder le sujet."
  8. Ce que l'on peut au moins espérer c'est un débat qui ne résume pas à des "grenades dégoupillées", car "les Français ne se sont jamais autant sentis dépossédés de cette présidentielle et goûteraient moyennement une énième scène de pugilat, conclue Yann Marec pour Midi Libre.
  9. Raphaëlle Chabran
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