Une lueur d'espoir pour les Rohingyas birmans

Les 47 membres du Conseil des Droits de l'Homme (CDH) ont accepté une résolution visant l'éclaircissement de la situation en Birmanie. Une mission d'établissement des faits y sera envoyée pour la première fois. Malgré les accusations, le gouvernement birman a eu quelques voix de soutien.

  1. Un petit pas pour les activistes, mais un grand pas pour les Rohingyas. Lors de sa 34e session, le Conseil des Droits de l’Homme (CDH) a accepté une résolution demandant l’envoi urgent d’une mission internationale indépendante d’établissement des faits (fact-finding mission, FFM) en Birmanie, où cette minorité ethnique est persécutée. "Alors que nous attendions un mécanisme plus fort, nous nous réjouissons que le Conseil ait été capable de prendre des mesures concrètes vers une enquête sur les violations" a affirmé Khin Ohmar de Progressive Voice dans un communiqué.
  2. "Le CDH adopte la résolution sur la situation des droits de l'homme en Birmanie. Envoie une mission d'investigation indépendante. Prolonge le mandat du Rapporteur Spécial d'une année"
  3. La 34ème est la bonne


    Les quatre Rapporteurs Spéciaux (RS) qui depuis 1992 ont précédé la professeure Yanghee Lee n’avaient pu qu’obtenir le renouvellement de leur mandat, mais cette dernière session a marqué un tournant décisif. Selon Adrien-Claude Zoller, fondateur du Service International pour les Droits de l’Homme, cette fois la Rapporteuse Spéciale "a eu accès à des zones qui étaient jusque-là restée dans l’ombre et a vu des choses qu’elle n’aurait pas dû voir".
  4. Mots traduits tirés du rapport en anglais de Ms. Yanghee Lee.
  5. Son rapport, d’une crudité inédite, a fait écho au Flash Report émis par le bureau du Haut-Commissaire aux Droits de l’Homme (HCDH). Comme ce dernier, lors de sa déclaration devant le Conseil, Yanghee Lee a demandé l’envoi urgent d’une Commission d’Enquête en Birmanie.
  6. Adoucissement de la pilule


    Htin Lynn, représentant birman au CDH, a qualifié le rapport de la RS "biaisé et unilatéral". La raison, selon Iniyan Ilango, responsable du Programme Plaidoyer pour le Forum Asiatique pour les Droits humains et le développement (FORUM-ASIA), est que le gouvernement trouve que le rapport n'est pas assez proche de la réalité sur le terrain. "Mais elle n'aurait pas pu faire autrement vu qu'ils lui ont nié l'accès à plusieurs zones du pays" souligne-t-il.
  7. "La Birmanie refuse la proposition de mission d'investigation internationale par le CDH avec une réponse tiède"
  8. Pour obtenir des résultats, "le plus important c’est de garder le Myanmar engagé" confie Adrien-Claude Zoller. C’est dans ce but que la pilule a été adoucie en passant d’une Commission d’Enquête, la plus haute mesure d’intervention, à une FFM. En critiquant trop lourdement un pays, le risque est que celui-ci se renferme sur lui-même, refusant de coopérer.
  9. Un soutien contestable


    Les témoignages des violences subies par les Rohingyas, qui selon le HCDH s'apparenteraient à des crimes contre l’humanité, ont déclenché cette décision historique du Conseil. Cependant, plusieurs pays ont critiqué l’envoi d’une mission d’investigation, estimant qu’il fallait laisser plus de temps au gouvernement fraîchement élu pour faire face aux défis hérités.
  10. Parmi les voix dissonantes, l’Australie: une position tout de suite critiquée par Emily Howie, du Human Rights Law Center de Melbourne. Elle a confié à Fairfax Media que la déclaration était "désespérément faible" et "sans doute reflétant les intérêts commerciaux australiens".
  11. Des intérêts commerciaux qui sont aussi apparus vendredi matin au moment du vote. Si le texte soumis par Malte au nom de l’Union Européenne a été accepté par consensus, la Chine entre autres a tenu à se distancier du quorum. Pétrole et gaz étrangers traversent en fait la Birmanie pour arriver en Chine, qui achète aussi de l’électricité, du bois et du minerai birman.
  12. La distanciation du Venezuela et de Cuba pourrait cependant être dû à une "traditionnelle méfiance envers l’hégémonie occidentale" explique Andrea Bianchi, professeur à l’Institut de Hautes Etudes Internationales et du Développement de Genève.
  13. L’utilité d’une décision symbolique


    Sous le célèbre plafond de la Sala de los Derechos Humanos, les enjeux vont au-delà des vies humaines et de leurs droits. Le Conseil n’a aucun pouvoir de sanction mais fonctionne sur la portée symbolique des condamnations.
  14. Les activistes qui rêvaient d’une victoire plus incisive ont invité la Birmanie à collaborer avec le groupe d’experts qui sera prochainement mandaté par le Président du CDH. La souveraineté de chaque Etat permet en fait de nier l’accès de cette délégation au pays. La résolution acceptée n’est donc qu’un petit pas au début d’un long parcours d'obstacles.
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